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Les indicateurs de développement durable

Introduction

Résumé

Dès l’émergence du concept de développement durable, les limites des indicateurs classiques du développement et leur inadaptation à la mesure de la durabilité sont apparues de façon suffisamment évidente pour que s’impose la nécessité d’en élaborer de nouveaux.


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La nouvelle classification de cet article est :

1.1- Principes du développement durable
4.6- Indicateurs

Lapierre, Catherine

Ingénieur de l’École centrale des arts et manufactures, économiste. Elle est administratrice de 4D et membre du secrétariat de rédaction de l’Encyclopédie du développement durable.


Berline, Sylvie

Sylvie Berline, professeur de lettres classiques de formation, a été secrétaire générale du Conseil national de développement durable, (2006-2008).

Elle est conseillère municipale de l’Haÿ-les-Roses, déléguée à l’énergie et au développement durable, et membre du Conseil scientifique de 4D.


Dès l’émergence du concept de développement durable, les limites des indicateurs classiques du développement et leur inadaptation à la mesure de la durabilité sont apparues de façon suffisamment évidente pour que s’impose la nécessité d’en élaborer de nouveaux :

“40.4 Les indicateurs courants tels que le produit national brut (PNB) et la mesure des divers courants de ressources ou de pollution ne permettent pas d’évaluer la durabilité des systèmes. (…). Il faut donc élaborer des indicateurs du développement durable afin qu’ils constituent une base utile pour la prise de décisions à tous les niveaux et contribuent à la durabilité autorégulatrice des systèmes intégrés de l’environnement et du développement.”

La production d’indicateurs répond à un double objectif :

 Constituer des éléments pour la définition et la connaissance partagée d’un monde commun

Dans la mesure où ils déterminent notre vision du monde et nos modes de pensée, la construction de ces indicateurs est éminemment politique et ne peut relever d’un simple exercice technique délégué à des experts :

“trouver les équilibres entre les trois piliers du développement durable, c’est-à-dire la pondération entre ses différentes composantes ne va pas de soi et donne lieu à controverse entre les experts eux-mêmes. La raison en est que c’est un choix lourd de conséquences que de privilégier telle dimension du développement durable par rapport à telle autre ou encore le court terme sur le moyen ou le long terme. Au total, il s’agit donc bien d’un choix de société qu’il revient in fine au pouvoir politique d’assumer…” (in “Indicateurs nationaux du développement durable : lesquels retenir” la documentation française, août 2004)

Cette question s’est posée de façon récurrente dans les groupes de travail du Grenelle de l’Environnement, qui, tous, ont exprimé la nécessité de disposer d’indicateurs “fiables et partagés”, conçus avec les parties prenantes, mais dont la méthodologie reste cependant à définir.

“Les données statistiques officielles ne permettent pas toujours d’anticiper les phénomènes émergents. La définition des informations dépend des enjeux prioritaires : elle doit faire l’objet d’un débat élargi, s’appuyant sur la prospective et tenant compte du cadre international et européen.”

Cette préoccupation répond à l’émergence dans le débat politique et, notamment, au sein de la société civile, d’une remise en cause des mesures, voire de la légitimité des organismes experts spécialisés dans leur élaboration : INSEE récemment ; comme en témoigne la polémique sur l’indice des prix, entre réalité statistique et réalité vécue.

Le choix des indicateurs implique que les acteurs du développement durable s’accordent au préalable sur ce qu’ils souhaitent retenir en termes de production de richesses, de consommation de ressources, d’externalités négatives et positives, de réduction des inégalités de toutes sortes, de pratique démocratique et qu’ils rendent les arbitrages nécessaires entre ses différentes composantes faisant apparaître clairement le choix entre durabilité faible et forte.

La critique des indicateurs existants, et notamment celle du PIB, est, de ce fait, indissociable de la critique de nos modes de développement.

 Servir de base pour la prise de décision publique, pour évaluer et orienter les interventions des acteurs

Plus qu’un état idéal à atteindre, le développement durable se définit comme un processus complexe, ce qui explique la difficulté de construire un système global d’indicateurs susceptible de le décrire de façon pertinente dans son ensemble et pour l’ensemble des secteurs.

PIB et développement durable.

L’indicateur généralement retenu pour mesurer la dynamique d’un pays et son évolution économique est le produit intérieur brut (PIB). Il est le thermomètre phare de la croissance, conçue comme production marchande de la richesse et la dynamique d’un pays.

Lié au contexte historique de l’après Seconde Guerre mondiale (comme la comptabilité nationale), il est fortement corrélé à un mode de développement qui donne la priorité à la reconstruction du pays et à l’essor de son secteur productif, et, par là-même à l’emploi, ce qui explique pour partie son emprise idéologique. Ainsi, tout en en relevant les limites, le rapport Attali le consacre-t-il comme référence déterminante :“Mesurée strictement par le PIB, la croissance est un concept partiel pour décrire la réalité du monde :en particulier, il n’intègre pas les désordres de la mondialisation, les injustices et les gaspillages, le réchauffement climatique, les désastres écologiques, l’épuisement des ressources naturelles…"

La croissance de la production, cependant, est la seule mesure opérationnelle de la richesse et du niveau de vie disponible, permettant de comparer les performances des différents pays. Par ailleurs, cette mesure est fortement corrélée avec l’innovation technologique, indispensable au développement durable et à la réalisation d’autres objectifs de développement (santé, éducation, services publics, etc.).”(Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française).

|Le PIB est, en effet, imparfait pour rendre compte de certains éléments qui sont considérés désormais comme des paramètres- clés pour le développement durable :il ne rend compte ni de la répartition de la richesse, ni du développement humain, ni de la consommation des ressources non renouvelables ni de leur raréfaction pour les générations futures.

A ce titre il est insuffisant pour évaluer les différentes dimensions qu’englobe la notion de développement durable et doit donc être complété par des déterminants de long terme et par des impératifs d’équité et de cohésion sociale et territoriale.

Des tentatives de correction de cet indicateur ont été proposées, en rajoutant des évaluations économiques de biens “hors marchés” comme les ressources naturelles pour avoir un PNB vert. Ces évaluations économiques de biens “hors marchés” impliquent une quantification physique et monétaire de grandeurs (ressource en eau, services rendus par l’environnement) basée sur des hypothèses elles-mêmes discutables. Certains de ces calculs montrent qu’une partie de la croissance du PNB est en fait une dépréciation du capital naturel, donc correspond à une destruction de richesse qu’il faudrait déduire du PNB

L’intérêt de ces indicateurs composites réside principalement dans leur capacité d’alerte sur les dégradations sociales et environnementales causées par nos modes de développement. Une cartographie des indicateurs suivis par différents organismes qui tend à illustrer la diversité mais aussi les convergences des démarches retenues est présentée ci-dessous.

De nombreuses initiatives ont été menées pour créer un indicateur synthétique mais, compte tenu de la diversité des problèmes et des approches des acteurs, il n’y a pas de consensus sur un indicateur synthétique permettant de mesurer les progrès du développement durable et d’établir des comparaisons internationales. C’est pour cette raison que les Etats membres de l’Union se sont majoritairement abstenus de résumer la mesure du développement durable par un indice unique.

Ils ont privilégié la mise en place de batteries d’indicateurs et de tableaux de bord destinés à suivre la mise en œuvre de leurs stratégies, qu’il s’agisse des organisations internationales (ONU, BM, OCDE, UE) des Etats et des collectivités territoriales ou des entreprises.

A la complexité inhérente à la construction des indicateurs de développement durable doit répondre la plus grande vigilance dans leur interprétation et dans l’utilisation politique qui peut en être faite. C’est la raison pour laquelle la gouvernance est partie intégrante du processus.

Sylvie Berline

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