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Le Forum Social Mondial vers un dialogue multi-acteurs ?

Résumé

Issus du mouvement altermondaliste, les forums sociaux ont contribué à donner, depuis janvier 2001, une place à part entière dans le débat politique à la société civile des pays du Sud et du Nord. Ils ont mis en évidence la nécessité d’une mondialisation plus équilibrée socialement et écologiquement, et l’existence d’autres pratiques que celles impulsées par des logiques de pouvoir et de profit, bases possibles d’une autre mondialisation. La formule ouverte des forums sociaux a permis leur extension sur tous les continents et à toutes les échelles.

Pour autant, les forums sociaux ont du répondre au défi de se situer réellement à l’échelle internationale. L’organisation de forums sociaux mondiaux (FSM) en Asie (2004) et en Afrique (2007) a été autant d’étapes en ce sens. Leur avenir ne se joue cependant pas uniquement sur leur mobilisation propre, mais aussi sur les conditions de la montée en puissance de pratiques alternatives et de la prise de conscience généralisée des défis mondiaux. A l’horizon d’une première année de pause, sans FSM (2008) et à l’heure où la crise écologique est devenue évidente, la société civile mondiale pourrait être sur le point d’inventer de nouvelles formes d’action et d’articulation. Le Forum Social Mondial de 2009 en Amazonie pourrait représenter un tournant pour l’avenir des forums sociaux.


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La nouvelle classification de cet article est :

2.1- Conférences internationales et forums sociaux
6.2- Mouvements sociaux et luttes sociales

Johnson, Pierre

Pierre William Johnson est sociologue et pluridisciplinaire de formation. Après avoir développé une expertise sur les questions du commerce équitable et de l’économie solidaire par sa contribution aux acteurs concernés par ces pratiques en Amérique Latine, en Afrique et en Europe, il a créé et animé pendant cinq ans un réseau international d’échanges sur ces questions liées au commerce équitable, puis aux perspective d’une économie responsable, plurielle et solidaire. Convaincu de l’importance du dialogue entre les acteurs sur les défis actuels et les pratiques permettant d’y répondre, il a récemment contribué au dialogue sur les enjeux de la mondialisation avec l’association Bridge Initiative International.


 La diffusion d’une formule novatrice de mobilisation citoyenne

Le Forum Social Mondial est depuis 2001 un moment symboliquement fort de mobilisation et d’expression des groupes et des réseaux altermondialistes cherchant des alternatives à une forme de mondialisation qualifiée par eux de néolibérale. Par ce terme, ces groupes affirment leur opposition à l’hégémonie et à la diffusion de pratiques et de politiques économiques qui ne tiennent pas compte des coûts sociaux et environnementaux qu’elles génèrent. La rencontre fondatrice des forums sociaux s’est tenue en janvier 2001 dans la ville de Porto Alegre, au Sud du Brésil, en opposition au Forum Economique Mondial, qui réunissait depuis déjà plus de 30 ans une élite privilégiée à Davos en Suisse.

Cette première mobilisation, qui a réuni 10 000 personnes dans une ville symbole de la démocratie participative au Sud du monde, trouvait ses sources dans la lente convergence de mouvements divers de la société civile, depuis les « rencontres intergalactiques » organisées par le mouvement zapatiste dans la forêt lacandone du Mexique à partir de 1994 jusqu’à la mobilisation contre l’Accord Multilatéral sur l’Investissement promu secrètement par l’OCDE quelques années plus tard, et surtout la mobilisation à l’occasion de la rencontre ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle à la fin de l’année 1999.

L’aspect novateur du Forum Social Mondial est de proposer un espace ouvert, où les organisations et les mouvements de la société civile peuvent organiser des ateliers et séminaires, présenter et mettre en discussion leurs propositions, sans qu’aucun d’entre eux ne puisse s’en prétendre le porte-parole officiel, et sans que l’événement n’aboutisse à une déclaration finale ni à une conclusion unique ou officielle. Le succès du premier Forum Social Mondial a ainsi ouvert la voie, au cours des sept années suivantes, à l’extension, comme une traînée de poudre, de la formule, d’abord dans les pays de culture latine, puis occidentale, africaine, maghrébine, asiatique, et récemment nord-américaine (forum social américain d’Atlanta en 2007).

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Si plusieurs centaines de forums sociaux, mondiaux, continentaux, nationaux, locaux ou thématiques se sont tenus à ce jour presque dans le monde entier, c’est que leur fonctionnement a permis de conjuguer désir d’initiative, ouverture et souplesse avec le respect de principes de base et une identité commune. La Charte des Principes du Forum Social Mondial évoque notamment le respect de la non-violence, la non-représentation des partis politiques, et l’absence de représentation ou de déclaration officielle.

Après 2003, le Forum Social Mondial cherche à s’internationaliser en se tenant successivement à Mumbai (Inde) en 2004, puis simultanément en 2006 sur trois continents : l’Amérique (Venezuela), l’Afrique (Mali) et l’Asie (Pakistan), en une nouvelle formule dite « polycentrée ». Le premier Forum Social Mondial organisé entièrement en terre africaine s’est tenu en janvier 2007 à Nairobi (Kenya). Ce forum 2007 sera probablement perçu comme l’aboutissement d’un premier cycle de forums sociaux, marqué par l’affirmation dans l’opinion publique qu’« Un autre monde est possible », et que ce monde pourrait être impulsé par des milliers d’initiatives de terrain, au Sud comme au Nord, et non par les pouvoirs politiques et économiques en place.

Si quatre forums sociaux continentaux ont été organisés en Europe, ce sont surtout les populations du Sud, qui ont pu donner à voir et partager à l’occasion des forums sociaux les initiatives et les propositions qu’elles portent. Les forums sociaux sont maintenant des espaces d’échange irremplaçables en Amérique Latine, en Asie et en Afrique. L’Amérique du Nord a tenu en 2007 ses premiers forums sociaux nationaux (les Etats Unis à Atlanta fin juin-début juillet, et le Québec en août).

 La Charte du Forum Social Mondial

Le premier forum social mondial visait en effet à faire contrepoids dans l’opinion publique au « consensus de Washington », symbolisé par le Forum Economique Mondial de Davos, et à rassembler des initiatives portées par des mouvements populaires, des organisations non gouvernementales et de solidarité internationale du monde entier. De 2001 à 2005, les forums sociaux sont montés en puissance, symboliquement et en nombre de participants (de 10 000 environ en 2001 à près de 100 000 en 2005). Dès le 2e FSM, une « Charte de principes du Forum Social Mondial » leur donnait un cadre, tout en permettant à la formule des forums sociaux de se décliner à toutes les échelles (locale, nationale, régionale, continentale…) et dans tous les contextes, transformant le forum social mondial d’un événement ponctuel en un processus d’une partie de la société civile internationale se reconnaissant dans l’opposition au « néo-libéralisme ».

Cette charte décrit donc les forums sociaux comme des espaces ouverts, ne prétendant pas être représentatifs, et dans lesquels la participation des partis politiques d’une part, et l’appel à la violence d’autre part, sont exclus. Le respect des principes de la Charte a permis la démultiplication rapide des forums sociaux [1] sans que soit trahi l’esprit des premiers forums.

La Charte des Principes du Forum Social Mondial a été approuvée et signée le 9 avril 2001 par les instances du Comité d’organisation du Forum Social Mondial, et approuvée avec modifications le 10 juin 2001 par le Conseil international du Forum Social Mondial, qui regroupe les représentants d’une centaine d’organisations. En voici quelques extraits significatifs :
  1. Le Forum Social Mondial est un espace de rencontre ouvert visant à approfondir la réflexion, le débat d’idées démocratique, la formulation de propositions, l’échange en toute liberté d’expériences, et l’articulation en vue d’actions efficaces, d’instances et de mouvements de la société civile qui s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme, et qui s’emploient à bâtir une société planétaire axée sur l’être humain.
  2. Le Forum Social Mondial de Porto Alegre a été une manifestation située dans le temps et l’espace. Désormais (…) il devient un processus permanent de recherche et d’élaboration d’alternatives, qui ne se réduit pas aux manifestations sur lesquelles il s’appuie.
  3. Le Forum Social Mondial ne réunit et n’articule que les instances et mouvements de la société civile de tous les pays du monde, mais il ne prétend pas être une instance représentative de la société civile mondiale.
  4. Les rencontres du Forum Social Mondial n’ont pas un caractère délibératif en tant que Forum Social Mondial. Personne ne sera donc autorisé à exprimer au nom du Forum, dans quelque édition que ce soit, des prises de position prétendant être celles de tous les participants.
  5. Le Forum Social Mondial est un espace pluriel et diversifié, non confessionnel, non gouvernemental et non partisan, qui articule de façon décentralisée, en réseau, des instances et mouvements engagés dans des actions concrètes, au niveau local ou international, visant à bâtir un autre monde.
  6. Le Forum Social Mondial sera toujours un espace ouvert au pluralisme et à la diversité des engagements et actions d’instances et de mouvements qui décident d’y prendre part (…). Ne pourront participer au Forum en tant que tels, ni les représentations de partis, ni les organisations militaires. Pourront être invités à y participer, à titre personnel, les gouvernants et parlementaires qui assument les engagements de la présente Charte.
  7. Le Forum Social Mondial s’oppose à toute vision totalitaire et réductrice de l’économie, du développement et de l’histoire, et à l’usage de la violence comme moyen de contrôle social par l’État. (…).

 Le Forum Social Mondial en terre africaine ou les difficultés de l’inclusion

L’organisation d’un forum social mondial en Afrique n’était pas un mince défi pour les organisations africaines. Le premier forum social africain avait réuni une centaine de personnes seulement, c’est-à-dire une partie de l’ « élite » alter-mondialiste. Malgré quelques approximations et une participation plus faible que sur les autres continents, ce qui fut bien compréhensible, le forum social polycentré de Bamako en janvier 2006 avait été relativement bien organisé, et montré, tout comme celui de Mumbai en 2004, l’intérêt d’organiser le FSM dans « d’autres Sud ».

Malgré l’absence d’appui officiel du gouvernement kenyan, le FSM 2007 a été à la hauteur des forums précédents. D’abord par une participation très internationale, en provenance notamment de nombreux pays d’Afrique et d’Asie (y compris de sa partie Est), mais aussi d’Amérique latine (Brésil surtout) et d’Europe. La vigueur de certains mouvements africains a donné une tonalité nouvelle au forum : concentrées sur un seul site, le stade de Kasarani, les discussions avaient lieu pour la plupart sur une section des gradins du stade. Il n’y avait pas cette fois-ci de grandes conférences de stars de l’altermondialisme, mais des espaces de convergence entre mouvements sociaux et par espace thématique chaque après-midi, ce qui a prolongé la volonté marquée du forum et de son conseil international (une centaine de personnes d’organisations accréditées) de favoriser l’émergence de propositions et de stratégies, sans en privilégier aucune en particulier.

 Un forum pour une élite de la société civile ?

Cependant, certaines apories des forums sociaux ont été soulignées fortement au FSM de Nairobi. La plus visible fut celle de la participation des mouvements sociaux les plus populaires. Comme le souligne un membre du conseil international sur un blog mis en place par un quotidien français : « Le FSM, c’est pas pour les (trop) pauvres » Laurent Jesover, sur « les alterblogeurs du forum social mondial », liberation.fr, janvier 2007.. En effet, le montant de la participation, et même celui des transports vers l’emplacement un peu reculé de Kasarani était prohibitif pour les populations des bidonvilles de Nairobi. Une journée leur a été cependant ouverte à tarif préférentiel… Mais ces citoyens avaient aussi organisé leur propre (contre-)-forum dans leurs quartiers

À la différence des FSM de Porto Alegre, celui de Nairobi n’a pas été immunisé contre les violences dues au contexte de misère sociale du pays, et l’insécurité est devenue une préoccupation non négligeable, après plusieurs vols de matériel dans l’enceinte du forum. Il y a eu aussi l’absence de Babel, ce réseau de traducteurs-interprètes bénévoles des forums sociaux, qui pour la première fois n’a pas su s’organiser pour assurer collectivement cette fonction indispensable aux forums sociaux. Mais cela n’a pas empêché nombre d’entre eux d’apporter leur aide aux ateliers.

On peut aussi regretter l’absence de prise en compte de critères sociaux dans l’attribution des marchés pour les services au FSM (impression des programmes, transports, etc.), les stands de vente (artisanat, livres…) et de restauration. Ceux-ci ont été attribués selon les principes classiques des appels d’offre, ce qui a certes permis d’éviter une certaine corruption, mais peut apparaître comme un recul par rapport aux critères peu à peu mis en place à Porto Alegre notamment, et qui avaient assuré une visibilité à l’offre de produits et de services provenant des initiatives d’« économie solidaire ». Celle-ci n’est pas absente de l’Afrique, et aurait pu être mise en valeur à l’occasion de l’organisation pratique du FSM de Nairobi.

Du côté positif, outre la présence de 40 à 60 000 personnes selon les estimations, et la diversité de pays et de cultures déjà mentionnée, il faut également souligner la qualité de nombreux débats, dont il est toujours difficile d’en avoir un bilan complet. Rappelons que les activités aux FSM sont organisées et gérées de façon autonome par les organisations et les mouvements eux-mêmes. Illustrée par des pratiques comme les services de proximité, la finance solidaire et le commerce équitable (les monnaies sociales étaient cette fois-ci absentes du forum), la socio-économie solidaire s’est par exemple affirmée depuis le 2e et le 3e forum social mondial comme un mouvement de propositions et d’initiatives, un ensemble de réponses concrètes, à la mondialisation néo-libérale.

Le Forum Social 2007, comme celui de 2004 à Mumbai, aura posé de façon aiguë la question de la participation des groupes sociaux les plus défavorisés, et de l’assimilation de la formule des forums sociaux par de nouveaux groupes socio-culturels. Les troubles du début de l’année 2008 au Kenya illustrent en contrepoint la difficulté des forums sociaux à apporter des réponses concrètes aux effets les plus pernicieux des structures socio-politiques actuelles.


- Du 25 au 30 janvier 2001, le premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil).

- Du 31 janvier au 5 février 2002 deuxième Forum social mondial Porto Alegre.

- Du 7 au 10 novembre 2002, le 1er Forum social européen (FSE) se tient à Florence en Italie, avec le 9 novembre une manifestation regroupant 400 000 personnes de toute l’Europe contre la guerre en Irak et contre la mondialisation.

- Du 23 au 28 janvier 2003, Forum Social Mondial à Porto Alegre.

- Du 12 au 15 novembre 2003, 2e Forum Social Européen à Paris-Ivry-Saint-Denis (France).

- Du 16 au 21 janvier 2004, Forum Social Mondial à Bombay (Inde)

- Du 25 au 30 juillet 2004, le 1er Forum Social des Amériques a lieu à Quito (Equateur)

- Du 14 au 17 octobre, 3e Forum Social Européen à Londres (GB)

- En 2005, le FSM est de retour à Porto Alegre

- En 2006, le FSM est « polycentré » sur trois continents : du 24 au 29 janvier à Caracas (Venezuela), du 19 au 23 janvier à Bamako (Mali), en mars à Karachi (Pakistan).

- Du 4 au 7 mai 2006, 4e Forum Social Européen à Athènes (Grèce).

- Du 20 au 25 janvier 2007, le Forum Social Mondial a lieu Nairobi au Kenya.

- Du 27 juin au 1er Juillet 2007, 1er Forum Social Mondial des Etats-Unis d’Amérique à Atlanta.

- Le 26 janvier 2008, Journée Mondiale d’Action (pas de Forum Social Mondial en 2008).

 Une participation multi-acteurs réduite

On remarquera également que les forums sociaux mobilisent une partie assez délimitée de la société civile : celle formée par les organisations non gouvernementales et les mouvements sociaux. Les associations de solidarité internationale, les campagnes d’action sont bien représentées, tandis que les formes les plus instituées de représentation de la société, et notamment les syndicats, le sont moins. Les forums sociaux excluent par nature les partis politiques, mais les entreprises, assimilées à une économie de marché envahissante, y sont également de facto absentes officiellement, sauf pour celles qui participent du mouvement coopératif, très représenté à Porto Alegre, ou de l’économie solidaire. Les hommes politiques ne sont officiellement présents qu’au « Forum des Autorités Locales pour l’Inclusion Social », qui se réunit pendant le forum social, mais ne réunit que quelques dizaines de représentants des collectivités territoriales.

D’aucuns trouveront qu’il manque aux forums sociaux la polémique, la confrontation entre des idées clairement marquées voire opposées, ou encore le dialogue entre acteurs de différents types, nécessaire aux pratiques de développement durable. Un débat télévisé entre le FSM et le Forum de Davos avait pourtant été organisé en 2001 par des médias français et américain. Celui-ci avait abouti à une confrontation directe, faite de colère et d’incompréhension. Mais, de cette expérience est né, en marge du FSM, un projet de dialogue entre élites mondialistes et altermondialistes, le Bridge Initiative on Globalization.

Ce débat a également permis l’émergence de la formule des tables de controverse au second FSM, qui permettent l’expression d’opinions contradictoires et un dialogue avec les tenants de positions libérales, dans l’enceinte du FSM, échappant donc à la clause idéologique de la Charte des Principes du FSM. Les tables de controverse constituent ainsi une sorte de sas ou de pont permettant le dialogue des altermondialistes avec le monde des entreprises et des partis politiques conventionnels. Temoin de la fragilité et du caractère limité de cette expérience, la table de controverse organisée à Nairobi hors de l’enceinte du FSM sur l’accès à l’eau pour tous, avec des représentants des principaux mouvements opposés à la participation du privé à ce secteur et des représentants des principales entreprises de l’eau dans le monde, n’a pas pu se tenir comme prévu, par pression de la base de ces mouvements, présente au FSM.

 2008-2009 : approfondissement ou ralentissement du Forum Social Mondial ?

Le caractère annuel du forum social mondial a été mis en question depuis ses premières éditions, celui-ci imposant un rythme parfois épuisant pour les organisations participant de cette mouvance. Le forum social mondial a ainsi cherché son « approfondissement » par l’encouragement à l’organisation de forums sociaux à des échelles plus locales (continentaux, locaux), puis décentralisés c’est-à-dire simultanés dans différents pays, comme en 2006, ou encore de forums sociaux thématiques. L’enjeu depuis 2002 a également été de passer de la dénonciation de l’ordre libéral à la formulation et à la promotion de propositions alternatives, en bref, de l’anti-mondialisation à l’altermondialisme. Or l’articulation et la convergence des mouvements participant aux forums sociaux autour de propositions et de stratégies sont des processus qui demandent du temps. Ainsi, sept années après la première édition à Porto Alegre, le Forum Social Mondial cherche toujours la formule pour son approfondissement.

Toutes ces raisons ont contribué à la décision du Comité International du FSM de ne pas convoquer de Forum Social Mondial en 2008, mais de promouvoir le 26 janvier 2008 une journée de mobilisation internationale, encourageant l’organisation d’initiatives locales dans l’esprit du FSM, dont la visibilité soit assurée par un site Internet où celles-ci peuvent s’inscrire. L’usage de la toile mondiale comme outil de mobilisation et de coordination n’est pas nouveau pour le FSM, puisque son site Internet a toujours été un instrument pour l’inscription en amont de l’événement des groupes participants, et des activités qu’ils proposaient d’y organiser, suivant les 5 à 11 thématiques définies par le Conseil International. Ce changement de formule devrait aider le mouvement altermondialiste à se renouveler.

Comme l’observe Gustave Massiah dans un article paru dans l’Encyclopédie, le contexte international a fortement évolué depuis 2001 : la crise écologique est maintenant devenue évidente pour une large proportion de l’opinion mondiale, la situation économique reste instable, et l’évolution des grandes régions se différencie. Affirmant que le mouvement altermondialiste n’est pas en panne, puisqu’il ne cesse de s’élargir et de s’approfondir, le président du CRID met en avant plusieurs hypothèses et annonce la fin d’un premier cycle du processus des forums sociaux mondiaux, commencé après la « bataille de Seattle » .

Il est en tout cas évident que la prise de conscience généralisée des limites de la planète est un facteur nouveau qui devrait enrichir les débats et la participation aux prochains forums sociaux et à la journée mondiale d’action. La thématique du développement durable, sera, bien sûr, plus présente que jamais à la prochaine édition du Forum Social Mondial, qui aura lieu en janvier 2009 à Belém en Amazonie brésilienne. Ce prochain forum pourrait aussi constituer un moment de réflexion sur l’avenir des forums sociaux, et sur les nouvelles formes de participation et d’action citoyennes.

Notes

[1] Selon un modèle très proche de celui de l’open source dans le domaine du logiciel, ou de celui des licences libres (Creative Commons…) dans celui de la culture.