Lettre n°08----- Avril 2019

3 avril 2019

Les Rencontres de l’Encyclopédie : Perspectives démographiques et développement durable

Gilles Pison le rappelle. La croissance de la population mondiale, très lente jusqu’en 1800, a connu une première accélération au 19ième siècle, encore plus forte au 20ième siècle. Proche de 1 milliard en 1800, elle atteint 2 milliards en 1927, 4 milliards en 1974, 6 milliards en 1999 et 7 milliards en 2011. La perspective est de 11 milliards à la fin du 21ième siècle avec un fort contraste entre les continents. L’Europe ne devrait plus voir sa population croître et ne regroupera qu’un habitant sur seize en 2100, contre 1 sur huit en 2000 et un sur quatre en 1900, alors que l’Afrique pourrait passer de 1 milliard d’habitants aujourd’hui à 4 milliards à la fin de ce siècle. Parallèlement, on constate de fortes migrations des populations vers les zones littorales et les villes qui deviennent tentaculaires.

La question de la démographie est absente des grandes négociations internationales, dans les ODD, la Convention climat ou la Convention biodiversité alors que le lien entre la démographie, les relations entre groupes humains et l’empreinte écologique est évident.

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C’est sur ce sujet crucial qu’est organisée la première Rencontre de l’ Encyclopédie du développement durable le 15 avril autour de l’article de Gilles Pison, Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques (INED), rédacteur en chef de la revue Population et Sociétés, « Les perspectives démographiques mondiales » récemment paru dans l’Encyclopédie. Compte-rendu à paraître sur le site de l’Encyclopédie du développement durable.

Sous la poussée démographique l’empreinte écologique totale risque de continuer sa croissance vertigineuse rendant les conditions de survie de l’espèce humaine de plus en plus difficiles et compromettant l’espoir d’un développement durable. Dès lors de nombreuses questions se posent. Faut-il dès lors maîtriser la croissance démographique ? Quels leviers mettrent en œuvre : modes de vie, technologie, organisation sociale et économique ?

Quel engagement des Etats, des populations et des entreprises pour rentrer dans de nouveaux modèles face à la demande légitime des populations de pouvoir accéder à l’autonomie économique et aux services essentiels que sont l’éducation et la santé, l’accès à l’eau potable, l’hygiène, l’alimentation, l’énergie ? Comment tenir compte des mutations sociales : émancipation des femmes et planification familiale, inégalités, migrations, et s’affranchir des menaces écologiques à venir : GES, déchets et pollutions, dégradation des sols et de la biodiversité, risques accrus (sécheresses, inondations, submersions, accidents climatiques) qu’induisent ces perspectives démographiques mondiales ?

Comment satisfaire les besoins légitimes des pays pauvres aspirant à un niveau de vie décent devant la réticence des populations des pays riches à changer leur mode de vie ? Le réchauffement climatique et la persistance des inégalités économiques ne peuvent alors qu’alimenter de puissants mouvements migratoires.

Comment faire face à l’accueil des nouvelles populations dans les métropoles tentaculaires où les inégalités ne font que s’accroître avec leur cortège, de pollutions, de manque d’accès aux services publics : transports, hôpitaux, écoles ou sécurité et d’organisation sociale en général.

Si les appels à la sobriété se multiplient, force est de constater qu’ils sont d’une efficacité limitée. La progression des GES se poursuit qui devrait conduire à une hausse de température bien supérieure à celle de 2°C adoptée par le Etats dans l’accord de Paris. Beaucoup comptent sur des progrès technologiques qui nous permettraient d’utiliser avec plus d’efficience les ressources de la planète en énergie, eau, sols, biodiversité. On constate en France une baisse globale des consommations en eau potable rendue possible par les économies d’eau chez les particuliers comme dans les services (campagnes de lutte contre les fuites dans les réseaux). Ceci n’est pas généralisable dans des régions pauvres en forte croissance démographique. Aujourd’hui encore plus de 2 milliards d’habitants n’ont pas accès à un approvisionnement satisfaisant en eau potable, encore plus n’ont pas accès à un service d’assainissement et il faudra être capable d’ici une cinquantaine d’années de fournir de l’eau à une population en très sensible augmentation. D’autres imaginent que face à l’incapacité de fournir en viande 11 milliards d’habitants par les procédés de l’agriculture conventionnelle comme de l’agro écologie, de nouveaux procédés vont trouver le jour. Il en est ainsi des projets de substituts à partir de la chaine bio déchets/ insectes, /protéines, voire de fabrication de pseudo-viandes à partir de cellules souches. Cela nourrit les récits de science-fiction qui imaginent des hommes bénéficiant de services de confort dans des monades urbaines, mais asservis à un univers totalitaire et artificialisé mais s’agit-il d’un avenir désirable ?

Combiner des progrès économiques et sociaux pour les populations dans les pays pauvres, la préservation de nos standards de vie et le respect des limites de la nature devient de plus en plus problématique au risque que l’intelligence et la démocratie, l’égalité, la solidarité entre les hommes, valeurs cardinales du développement durable, avec le respect de l’environnement soient ravalées au rang de slogans.

Sobriété et recours à de nouvelles technologies sont sans doute des stratégies incontournables, mais cela suffira-t-il ? Il faudra accepter une sérieuse révision de nos modes de vie et de l’organisation socio-économique si nous voulons maintenir une planète habitable et éviter les augures que nous annoncent les adeptes des théories de l’effondrement.

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A lire ou relire dans l’EDD :

Démographie :
• Gilles Pison : Les perspectives démographiques mondiales (2018)

Agriculture-alimentation :
• S. Paillard, T. Ronson : Agrimonde 1 : un scénario pour des agricultures et des alimentations durables dans le monde à l’horizon 2050 (2010) - mise à jour prévue en 2019 avec Agrimonde Terra -
• Groupe d’experts -CSA- : Nutrition et Systèmes alimentaires. (2018)
• Collectif Mond’alim : Mond’Alim 2030 : un regard prospectif sur la mondialisation des systèmes alimentaires (2018)
• A.J. Guérin : Les terres éléments clés pour l’avenir du climat et de l’alimentation humaine (2016)
• M. Dufumier : Quelles agricultures “durables” pour nourrir correctement l’humanité ? (2010)

Indicateurs :
• M. Darras : Les objectifs du développement durable (O D D). : Outils d’une stratégie mondiale à l’horizon 2030 (2018)
• N. Gondran, A. Boutaud : Empreinte écologique : Comparer la demande et l’offre de ressources régénératives de la biosphère (2009)
• P. Viveret : Reconsidérer la richesse (2008)

Migrations :
• Ch. Gustave Huteau : Les déplacés environnementaux : quelle protection ? (2017)
• J. Ould-Aoudia : "Migrations et Développement" (2009)
• S. Lokku, P. Peugeot : Migrations : pour un pacte mondial de solidarité (2009)
• H. Combe : Les migrations du climat : un défi pour les villes, un devoir d’engagement collectif (2009)

Eau :
• B. Barraqué : Eau Bien Commun / Eau Service Public : discussion Nord-Sud (2018)

Economie :
• Fr. Chalot : Economie circulaire un nouveau paradigme... écueils et promesses (2019)
• C. Lapierre : “Prosperity Without growth” : Rapport de la commission du développement durable britannique (2010)

Politique :
• N. Imbert : La Déclaration Universelle des Droits – et devoirs – de l’Humanité, un outil essentiel pour réconcilier l’humain et la planète. (2018)
• J.Theys : Cinquante ans de politique française de l’environnement : évaluation et perspectives (2018)